« Être amies ennemies, on s’aime et on se maudit », comme dit la chanson. Pour sa huitième édition, le festival Dangereuses Lectrices abordera la thématique des amitiés, mais aussi des tensions qui les parcourent.
Pendant longtemps, et encore aujourd’hui dans la culture populaire, les amitiés entre femmes sont mises à rude épreuve : soit on se méfie des femmes qui se rassemblent et tissent des liens forts, en se demandant ce qu’elles peuvent bien mijoter sans personne pour les surveiller, ou au contraire on les décrédibilise, en les réduisant à des moments futiles passés à faire du shopping ou commenter les derniers ragots. De l’autre côté du spectre, on ne compte plus les stéréotypes de rivalités entre les femmes, qui se battent pour un homme ou pour la gloire, la figure des harpies qui se mettent des bâtons dans les roues pour arriver à leurs fins. On pourrait y lire les symptômes d’un monde qui, jamais à court d’injonctions contradictoires envers les personnes assignées femmes à la naissance, décrédibilise leurs amitiés et les encourage à la rivalité, alors qu’elles partagent un bon nombre d’oppressions.
Heureusement, depuis quelques années, les récits évoluent, et on trouve de plus en plus, dans la fiction et dans la vie, des histoires et des figures qui cassent les codes, posent de nouvelles questions, proposent de nouveaux modèles dont on a envie d’être fièr·es. Si les amitiés sont encore souvent perçues comme secondaires, face à la prédominance de modèles familiaux nucléaires et hétéronormés, on observe l’émergence des récits sur les familles choisies, qui peuvent devenir un refuge sécurisant lorsque nos familles, ou nos couples, dysfonctionnent. Les amitiés sont précieuses, mais ne sont pas toujours un long fleuve tranquille, elles peuvent être mises à mal par nos parcours de vie, nos lectures, notre évolution. Les livres et celleux qui les écrivent ou les inspirent, encore une fois, sont une source intarissable de nouveaux modèles, portent des voix dissidentes, jouent avec nos imaginaires, et créent des récits qui nous amènent à penser nos vies, et nos amitiés, avec un regard nouveau.
Lors de cette nouvelle édition de Dangereuses Lectrices, nous nous demanderons : la littérature jeunesse peut-elle offrir des exemples positifs d’amitié féminine ? Pourquoi nos amitiés sont-elles souvent présentées comme des substituts ou des compléments au couple et à la famille, et non pas comme des relations à part entière que nous devons entretenir ? La rivalité féminine est-elle une étape obligatoire de la construction des personnes sociabilisées comme femmes ? La pop culture a-t-elle une responsabilité quant aux modèles qu’elle nous présente ? Comment construit-on sa famille choisie ?
